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Les lourds secrets de la Ratapignata # 3 – Jésuites et lucifériens

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A ce sujet, rapportons les propos de Patrick Négrier, extraits de Points de Vue Initiatiques n° 113, page 12 : « Lorsque je lui demandai quel livre de lui il préférait, il me répondit sans aucune hésitation : L’Amour magique. Ce livre en effet lui rappelait la femme avec laquelle il avait partagé, selon ses dires, deux mois d’un bonheur total avant que la mort ne mette fin à cette idylle en 1972. ».


Serge Hutin - Gouvernants invisibles et sociétés secrètesA LA RECHERCHE DU TEMPLE PERDU

« Il existe, au nord de Nice, un étonnant édifice, la py­ra­mi­de de Falicon, étudié par nos amis Robert Char­roux, Guy Tarade et Maurice Guinguand. » Cette phra­se est la toute première de Gouvernants invisibles et sociétés secrètes (1971). 
Guère plus loin, on peut lire :
« Selon une tradition ora­le rapportée par des amis niçois, le temple souterrain aurait servi, en plein XXe siècle, à célébrer des ini­tia­tions rituelles de très haut degré.
Peut-être faut-il supposer l’existence d’un passage secret qui partirait de la salle inférieure de la caverne de la chauve-souris pour aboutir tout au bas de la montagne, jusqu’à un sanctuaire souterrain encore plus secret, réaménagé entre les guerres. On pourrait alors se demander, simple hypothèse de ma part, si le quadruple monument à l’épaisse porte blindée qui se trouve pas très loin de la pyramide, en bas de la pente, bien dissimulé au regard des promeneurs, ne pourrait pas être l’autre accès à ce souterrain secret. Aleister Crowley connaissait sûrement toute la disposition de l’ensemble rituel de Falicon : n’alla-t-il pas, vers 1930, y diriger en personne de grandes cérémonies magi­ques ? »

Il est important de noter que ce texte, qui mentionne l’existence d’un « sanctuaire souterrain » distinct de la Grotte des Ratapignatas, est bien antérieur au 27 octobre 1972.

On pourrait s’étonner du fait que personne, semble-t-il, dans ce qui a été publié avant et après lui, n’ait mentionné ce sanctuaire. Mais il faut rappeler ici que la Grotte des Ratapignata fut découverte en 1803, que la pyramide fut construite entre 1803 et 1812, et qu’il faudra attendre 1901 pour que quelqu’un s’interroge (dans une publication) sur la présence d’une pyramide à cet endroit (cf "La Pyramide de Falicon et la Grotte des Ratapignatas" [2008], déjà cité [Tome L des Mémoires de l’IPAAM]).

Ce "temple perdu" est-il un canular ?
Nous ne le pensons pas, ce n’était pas le genre de Serge Hutin.

On trouve une troisième mention de ce sanctuaire dans une monographie d’Alpha International datée de 1994 : Les Gouvernants invisibles (encore eux !) [tome 1, page 27] :
« Mais d’autres organisations seraient à prendre en considération. Par exemple la mystérieuse société secrète du Dragon Vert, à laquelle furent affiliés deux hommes aussi dissemblables que Raspoutine et le magnat suédois des allumettes. Il y aurait aussi une des sociétés secrètes auxquelles appartint le mage britannique Aleister Crowley. Celui-ci viendra spécialement, dans les années 20, accomplir un grand rituel de haute magie cérémonielle dans la grotte des chauves-souris (au nord de Nice, à proximité du « Mont Chauve » sous la pyramide de Falicon) et dans le temple souterrain qui se trouve connu sous l’appellation de « tombeau d’un jeune jésuite »* (bien que la décoration du monument ne présente absolument rien de chrétien). ».

Ce sanctuaire, s’il se trouvait effectivement « en bas de la pente », a pu être "englouti" lors de la construction du Domaine de la Bastide au début des années 1980 comme le suggère Serge Hutin dans le "texte de base". Pour ce qui est de trace de jésuite dans le secteur, il faut s’éloigner de cette colline et prendre la direction du Mont-Chauve : « Tout là-haut, sur un palier du Mont-Chauve, blanchissent les bâtiments du domaine de Gairart, l’ancienne Bastide des Jésuites où, l’été, villégiaturaient les Jésuites qui dirigèrent le collège de Nice jusqu’à la suppression de leur ordre en 1773. On reconnaît leur chapelle dans la bergerie. » (Paul Canestrier, Nice-Matin du 22/01/1952, "Nos beaux villages - Falicon").

Tout près de là, se trouve un monument plutôt perdu dans la végétation, qui n’est pas quadruple, qui n’a plus de porte mais qui à l’origine devait en posséder une, dont l’aspect peut suggérer celui d’un tombeau. Il s’agit de la batterie de Gueirar. On y accède par un escalier descendant qu’on ne dis­tingue pratiquement plus puisque l’endroit semble aujourd’hui servir de dépotoir. L’intérieur est assez propre et il est possible d’imaginer qu’un rituel ait pu se dérouler en ces lieux. Mais rien ne le prouve. Il existe trois autres batteries du même type dans le secteur du Mont-Chauve. Depuis le court sentier qui mène à la batterie, on aperçoit au loin la pyramide de Falicon.

L'entrée de la batterie de Gueirar  Face à l'entrée

Il est possible aussi que ce sanctuaire soit simplement le souterrain dont parle Henri Broch à la fin de son livre La mystérieuse pyramide de Falicon. Cependant, le souterrain de Broch n’est pas situé « en bas de la pente ».

Pour en finir avec l’ombre des Jésuites à Falicon, citons le dessin figurant à la page 141 de Sur les traces des Templiers : Var, Alpes-Maritimes (2000) de Bernard Falque de Bezaure. La légende de ce dessin est la suivante : « Reproduction d’un dessin magique concernant la pyramide [de Falicon] d’après une plaque de plomb retrouvée sur place ». Nous avons demandé à l’auteur du livre qui avait retrouvé cette plaque. Il nous a répondu que c’était un abbé d’une île bien connue dans la région, qu’il n’était déjà plus de ce monde et qu’il était jésuite...

L'entrée du Domaine de la BastideLA MÉTAPSYCHIQUE DU COMTE

Le comte de Cressac, nous dit Hutin, était le pro­prié­taire des lieux. Cela semble inexact ; nous avons con­sul­té les noms des propriétaires de ce qui s’appelle aujourd’hui « Domaine de la Bastide » sur lequel se trouve la pyramide et son nom n’en fait pas partie. A défaut d’avoir été propriétaire du terrain, le comte a-t-il un profil à s’intéresser à la pyramide ? Dans Les Ca­hiers du Réalisme Fantastique qui lui sont consacrés, Serge Hutin écrit, page 56, au début d’un article intitulé "Voyages dans le temps" :
« De plus en plus, les recherches expérimentales sur les phénomènes dits paranormaux se multiplient dans le monde. Elles sont tantôt le fait de chercheurs privés (signalons, par exemple, à Nice les travaux exemplaires du comte Bertrand de Cressac et de l’Association Française d’Etudes Métapsychiques), tantôt, dans un nombre croissant de pays, le fait d’organismes officiels. ».

Le comte de Cressac a effectivement participé en 1941 à la création de l’Association Française d’Etudes Métapsychiques. Il fut aussi l’auteur de quelques ouvrages. Dans Grates tibi Domine (1957) apparaît son intérêt pour l’Egypte et ses dieux : « La vérité c’est l’éblouissement même, reçu de la nudité d’Isis. » (p.155). Le livre se termine par la phrase suivante : « Mon évangile à moi, c’est celui de la vérité ; c’est-à-dire la pensée des dieux. Ma morale à moi, c’est celle de la nature ; c’est-à-dire la loi des dieux. Aussi n’ai-je jamais péché contre la lumière ! ».

Dans le n° 22 (4e trimestre 1971) du périodique trimestriel IDA dont Bertrand de Cressac dirige la publication, on peut lire : « Comme précédemment, l’Association IDA, 20 avenue Boylesve, Nice, orga­ni­sera, en 1971-1972, avec le concours du périodique IDA et d’amis, une suite de Cours-Con­férences destinés à un auditoire restreint de penseurs-libres, aptes à recevoir les rudiments de l’ésotérisme de LUCIFER et à examiner, de manière non conformiste, les grands problèmes contemporains. ».

Jean-Pierre Giudicelli de Cressac-Bachelerie, qui, de fait, a bien connu le comte, nous a confié n’avoir jamais entendu celui-ci parler du site de Falicon. Giudicelli a notamment contribué à faire connaître en France la Fraternité Thérapeutique et Magique de Myriam et son fondateur, à la fin du XIXe siècle, Giuliano Kremmertz (1861-1930). Cette fraternité « naquit ouvertement sous la protection d’un Grand Orient égyptien, émanation de l’ordre Egyptien » (La Magie. Les nouveaux mouvements magiques de Massimo Introvigne, 1993, p. 286). Kremmertz passa les 20 dernières années de sa vie entre Monaco et Cannes. Il est à Nice le 1er juin 1917 (cf Introduction à la science hermétique de Giuliano Kremmertz, 1986, p. 33). Aurait-il pu passer à côté de la Pyramide de Falicon qui, à cette époque, avait encore fière allure ?

On remarque que Jean-Pierre Giudicelli et Serge Hutin figurent tous les deux parmi les remerciements au début de Legenda des Frères Aînés de la Rose Croix publié par l’alchimiste Roger Caro en 1970. On retrouve des informations sur les FARC dans Montfort, le mythe templier (2007) de Marc Mirault & des Bergers d’Arcadie (pp 119 à 158).

Les lourds secrets de la Ratapignata # 4 : Du comte de Saint-Germain à George Washington

Toutes les illustrations sont des collections de l'auteur.

* Nelson Gotteland, le frère de Franck (voir Les lourds secrets de la Ratapignata # 4), nous a confié qu'il avait entendu parler du tombeau du jésuite mais en ignorait la localisation.


La pyramide de Falicon, une vue de l'esprit