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Les « petits hommes (verts) » – par Michel Granger

Ils ont marqué toute une époque avec leur coloris bouteille et leurs petites antennes.
On les a souvent assimilés à des Martiens, mais Mars est actuellement inhabitée…

Si le psychiatre suisse C.G. Jung s’était tant soit peu penché sur la question, nul doute qu’il y aurait trouvé matière à l’expression du langage de l’inconscient collectif ou un symbole « paradigmatique » ou encore une « rumeur visionnaire », comme ce fut le cas pour les ovnis. Nous n’en aurions guère été mieux renseignés sur la fascination magique inoculée en nous par cette "extrapolation ha­sar­deu­se" : à savoir que des créatures miniatures de l’espace, vertes de surcroît, nous visitent sur la Ter­re sorties de leurs soucoupes volantes.

La naissance d’un mythe

C’est dans les années 50 que, selon les partisans de la rumeur dirigée, des histoires « fabriquées » à base d’extra-terrestres émeraude à aigrettes retombantes et à ressort ont été implantées dans les esprits. Le terrain s’y prêtait particulièrement puisque les premières grandes retombées du progrès industriel venaient d’être enregistrées. Le « conditionnement » était tel que le public fut vite subjugué par la formule des « petits hommes verts » (PHV ou LGM en anglais pour little green men) débar­qués sur notre planète. Fut-ce un test psychologique lancé localement pour mesurer la candeur po­pu­laire et qui, à l’instar d’un virus, essaima universellement (on le dit), ou bien une manœuvre de la CIA pour masquer certaines activités répréhensibles du gouvernement US (on l’a dit aussi) ? En tout cas, le résultat fut inespéré : la souris accoucha d’une montagne !

Sa persistance

Si bien qu’on en perpétua l’imposture et cela au plus haut niveau. Le 8 mars 1950, à l’Université de Denver au Colorado, un conférencier anonyme distilla à 350 étudiants réceptifs l’histoire d’un ovni qui s’était écrasé à 800 km de là et dont on avait retiré 34 gnomes venus d’ailleurs. Aussitôt, des dizaines, puis des centaines d’incidents, nettement moins dramatiques cette fois, fusèrent de partout. Les visiteurs posaient leur vaisseau en douceur et en sortaient devant des témoins éberlués.
La France, en 1954, fut frappée par une vague de telles « rencontres » avec des passagers d’ovnis de toutes sortes. Ici comme ailleurs cependant, le vert n’était plus dominant.

L’habit ne fait pas le moine

J’ai eu bien du mal précisément à trouver des références à cette couleur. Mais en voici deux, bien que l’expression PHV soit passée dans le langage courant… des journalistes à une certaine époque.
Le 20 juillet 1953, à Brush Creek, Californie, deux mineurs de titane surprirent un petit personnage penché sur la rivière et puisant de l’eau dans un seau. La soucoupe était stationnée à proximité et l’être paraissait vert, du moins au niveau de ses pantalons, veste et cravate. Ses souliers étaient très étranges semblant remarquablement flexibles comme s’ils faisaient partie intégrante de l’individu. Pouvait-il en être de même des vêtements de la créature ? Mais la cravate !
Les rencontres de ce type – le troisième – furent nombreuses. En 1958, on parlait d’une centaine dont 20 en France citées par Aimé Michel, à Chabeuil, Bressuire, Clamecy, Tapignac, Mourieras, etc. Pas toujours colorées en vert !

Des petits hommes, tout simplement

En 1976, le Mutual UFO Network, du Texas, pour lequel j’ai "agi" en tant qu’expert chimiste con­cernant les ovnis pendant plus de 10 ans sans être sollicité une seule fois, en avait recensé 1600 cas, mais j’ignore la proportion entrant dans le cadre de l’archétype verdoyant. Car, si le phénomène avait gardé toute sa saveur, la couleur n’en subsistait que dans ce coin de notre imagination où sommeille un petit Martien.
Restent ces petits hommes qui constituent 70% des créatures dites aujourd’hui E.T. et qui, avant l’ère spatiale, se travestissaient en lutins ou en fées dans la plus pure tradition folklorique, se disant plutôt « autochtones » que venus d’ailleurs.

Photo d’un PHV

Un petit homme vert

Dommage que l’image soit floue sinon on aurait là une rare photo d’un de ces fameux PHV. C’est sous le titre de "Petits hommes de l’espace" que le magazine pour hommes américain SAGA la publia dans son numéro annuel 1975 Bonus Edition avec un chapeau pour cet article disant textuellement : « Depuis trop d’années, les scientifiques ont absolument ignoré des milliers d’observations d’occupants de soucoupe volante. En fait, les gens qui ont rapporté avoir vu ces petits humanoïdes ont été harcelés et ridiculisés sans merci. Dans un effort pour prouver que ces créatures existent, SAGA publie cette rare photo. ».    

Saga Annual de 1975Qui avait écrit cette introduction ? Les éditeurs de SAGA ou John Keel lui-même ? Je penche pour cette dernière solution, le style correspondant bien à l’ufologue améri­cain qui se défendait d’en être un (voir note) ! La revue a disparu et John Keel est mort en 2009.
Après avoir longuement disserté sur les « petits hommes » dont il faisait remonter les premières apparitions dans les années 1820 (Ceux qu’aurait vus Helene Smith, en 1898, des « Martiens », avaient selon le psychologue suisse, Theodore Flournoy [1854-1920], « trois pieds de haut (91 cm) , des yeux et un nez petits et de grandes mains avec des doigts anormalement longs » .), il arrivait à un incroyable cas survenu dans une petite ville de Caroline du Nord : « Un petit homme , non seulement avait fait une brève apparition, mais il avait posé pour une photographie. L’image, la première jamais obtenue, accompagne cet article. ».
Le témoin n’était pas un policier ou un docteur mais un garçon de 14 ans dont il donnait le nom mais n’indiquait pas l’adresse (région isolée) suivant le désir de sa famille. Cet adolescent engagé dans le mouvement scout où il jouissait auprès des adultes d’une très favorable réputation, était occupé, le 21 juillet 1967, dans l’arrière-cour de la maison familiale quand il perçut une odeur et un bourdonnement causé par une boule blanche de neuf pieds de diamètre (2,70 m) volant dans le ciel. Le garçon, interloqué au point de tomber par terre, réalisa qu’on ne le croirait pas s’il racontait ce qu’il avait vu sans produire de preuve ; il courut dans sa maison pour chercher son appareil photo, un Kodak Sabie 620.
Quand il revint sur place, l’objet blanc était posé au sol. Quelques secondes plus tard, il entendit un grand bruit et sa respiration s’arrêta parce qu’un petit homme de 3,5 à 4 pieds (1 à 1,20 m) de haut sortit de derrière la boule blanche portant dans sa main droite un objet noir en forme d’entonnoir : « Il le pointa vers le sol puis le remonta à sa hanche. ». Alors, il tourna les talons et retourna derrière la boule. Il y eut à nouveau un grand bruit et la boule décolla pour rejoindre un grand vaisseau dans lequel elle pénétra.
Selon le jeune témoin, le petit homme portait un costume moulant argenté et métallique et sa tête semblait de couleur vert-bleuâtre. Ses yeux étaient inclinés en biais. Il portait un casque argenté et avait une ceinture bleu-foncé autour de la taille.
L’adolescent avait eu le temps de prendre une photo, une seule, depuis une distance de 15 pieds (4,60 m) : « La photo est bleuâtre et gâchée par la brume des deux côtés. ».
John Keel qui semble accorder crédit à ce témoignage (ce qui, selon moi, n’est pas un gage de crédibilité*) rapproche certaines caractéristiques de cette rencontre à celles d’autres du même type : sifflement, déplacement du petit homme « lentement et en se dandinant », semblant avoir du mal à mouvoir ses jambes, ceinture bleue, brume ambiante qu’il attribue à « quelques radiations ou rayons actiniques » en provenance de l’objet.
Selon lui la figure apparaît être exactement comme le garçon l’a décrite et ne semble pas être une poupée (malgré ses joues charnues) ou une autre tromperie, « bien qu’il ait été très méfiant à la réception de cette photo dans une lettre » . Pour lui le petit homme devait collecter des rochers ou des plantes ou faire quelque sorte de mesure. Il planta l’entonnoir dans le sol et, voyant le garçon, prit la fuite.
La photo était dite avoir été déposée dans un coffre de banque à cause d’une action possible de confiscation par les Hommes En Noir (sic). Le jeune avait affirmé avoir reçu d’étranges coups de téléphone.

Alors poupée en celluloïd disposée dans l’herbe à côté d’un ballon de foot... ou bien « petit homme » échappé des légendes du folklore ? Vous devez bien vous douter du quel côté je penche mais vous pouvez être d’un avis contraire.

Michel GRANGER


* Pour savoir ce que je pense de Keel et de ses théories, voir sur mon blog.
Illustrations : collection de l'auteur.