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Le Grand Œuvre selon Albert Poisson

« D’après la tradition, le rouge-gorge se serait posé au pied de la croix du Christ le jour de la Passion, et une goutte de son sang tombée de la plaie du Sauveur lui aurait laissé ce signe indélébile qui lui valut son nom. Cet oiseau représente donc l’eau volatile mercurielle, la rosée divine qui jaillit du cœur. » (Gilles Losa)

Les lignes d’Albert Poisson  (1865 – 1894) qui suivent ne sont pas un texte continu mais extraites de plusieurs documents et réarrangées ici dans l’ordre où il aurait peut-être fallu qu’elles soient.

NOIR BLANC ROUGE

Vous voyez maintenant la triple voie, alors qu’auparavant vous n’en connaissiez qu’une. Il vous reste à choisir votre route, la matérielle qui aboutit à la transmutation des métaux, la spirituelle qui donne l’élixir de longue vie et la puissance magique, la divine qui mène par l’extase à la contemplation directe du Très-Haut. Choisissez une branche, et soyez persuadé que, lorsque vous en aurez approfondi une, les deux autres vous seront connues grâce à l’analogie. Sachez qu’il y a deux espèces principales de feu, le feu spirituel qui est la vie, le pneuma, le respir astral, et le feu ordinaire qui brûle. La matière doit être avant toute chose, avant d’avoir à subir les atteintes du feu ordinaire, la matière, dis-je, doit être animée par l’archée.

Je ne puis mieux comparer la matière qu’à un œuf. Dans un œuf, qu’avez-vous ? De la matière et de la force. La matière nous importe peu ici ; cette matière est morte si vous la préparez par les moyens ordinaires ; il faut l’ouvrir, en écarter les molécules, cela par le moyen des acides, il faut de plus et surtout la vivifier.

Condenser une force sur une matière préparée, voilà tout le secret ; ce qui importe le plus, c’est la force dont on charge la matière. La force, c’est la vie ; l’œuf c’est de la matière vivifiée ; si vous voulez que la vie qu’il contient à l’état latent se manifeste, il faut lui appliquer une nouvelle force ; cette force secondaire, c’est le feu, la chaleur.

L’archée de Paracelse ne pourrait transmuer directement un métal fondu, car tel corps est dans un état statique, c’est-à-dire d’équilibre parfait, de même l’âme ne peut agir directement sur le corps. Mais prenons un corps plutôt métallique, ouvrons-le, torturons-le, de façon à dissocier ses molécules, à rompre son équilibre, puis saturons ce corps d’archée, nous aurons dès lors la pierre, c’est-à-dire un moyen d’agir sur les métaux : ici l’âme est unie à l’esprit, par l’intermédiaire de ce dernier elle peut agir sur le corps.

Je pense que ma comparaison est assez claire, aussi voilà pourquoi la matière de la pierre peut différer. Voilà pourquoi la pierre obtenue par tel adepte transmuait seulement son poids, tandis que celle préparée par tel autre en transmuait dix, cent ou mille parties.

La matière, en somme, peut varier et tous les alchimistes n’ont pas travaillé sur la même ; mais ce qui ne varie pas, c’est la force à l’aide de laquelle on met en œuvre la matière. Ceux qui en ont parlé en ont dit très peu de choses, et encore ont-ils couvert ce peu d’allégories, de symboles ; la plupart n’en soufflent mot, et laissent les souffleurs s’empêtrer dans les degrés du feu de lampe, du feu solaire, du fumier de cheval, etc.

Cette force que Paracelse nomme archée, les cabalistes la nomment feu astral, grand serpent. On peut la retirer de l’atmosphère astrale où errent des germes vitaux, embryons manqués, larves, lémures, élémentaux.

SOLVE, COAGULA

Solve : c’est-à-dire dissous, ouvre, torture, brise la matière, détruis les résistances qu’elle pourrait opposer aux forces extérieures.

Coagula : c’est-à-dire réunis, rassemble, puis condense sur la matière préparée les forces dont tu as réussi à t’emparer.

C’est ici qu’est la clef de l’œuvre. Cela est simple à comprendre mais combien difficile à réaliser ! Il faut de la patience, il faut de la persévérance.

Vous pouvez trouver des éléments introductifs à ces textes ainsi qu’une justification de l’ordre de leur juxta­position dans les Articles oubliés sur L’Alchimie du numéro Hors-Série des Cahiers du Réalisme Fantas­tique / Cahiers du Chêne d’Or. © Les Cahiers du Chêne d’Or, Les Cahiers du Réalime Fantastique, Michel Moutet Edi­teur / Silver Crescent California Design, Mara McLaren & Goldemobil, Gérone, 2002 (Extrait du Hors-Série des Cahiers consacré aux articles oubliés de L'Alchimie).