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Lettre de Bernard de S**** à son ami G*** au sujet de la vie sur d'autres mondes - 2016

D'après Geralt - Collection Pixabay - CC0Mon Cher Ami,

Merci pour cet article que vous m’avez envoyé con­cer­nant la possibilité que d’autres êtres existent ailleurs. Mais...

Il est bien loin le temps où les astronomes accu­mu­laient des quantités d’observations considérées alors comme mystérieuses et dont on sait aujourd’hui que la plupart d’entre elles n’étaient dues qu’à des phé­no­mènes naturels encore mal compris, ainsi qu’à la déficience des observateurs ou même de leurs ins­truments. Il n’empêche ; elles firent rêver Charles Fort et ses nom­breux disciples pendant bien longtemps.

L’astrophysique a désormais pris le relais et en dépit qu’elle soit considérée comme une science “dure” la plupart de ses tenants nous parlent à présent de choses aussi étranges que les trous noirs, la matière sombre (ou noire), l’énergie sombre (ou noire), les cordes et les univers multiples. Le problème, c’est que personne n’a jamais vu ces choses qui ne sont, à dire vrai, que de pures spéculations.

Certains astrophysiciens sont si conscients de la chose qu’ils s’effrayent même des audaces de leurs confrères pendant que quelques-uns les combattent carrément en les dénonçant comme autant d’emplâtres que l’on essaye de mettre sur une jambe de bois dévorée par les termites. Ces derniers vont en effet jusqu’à remettre en question le big-bang, l’expansion de l’Univers et même sa taille en signalant ici et là beaucoup de contradictions ou d’invraisemblances dans ce qui ressemble trop, pour eux, à une sorte de credo.

L’avenir montrera lesquels de tous ces gens suivaient les bonnes pistes...

Mais il y a autre chose... Il semble que, pareilles à la Lune, l’astronomie, l’astrophysique ou l’astrobiologie auraient, elles-aussi, une “face cachée.” Celle-ci serait constituée par des évidences de plus en plus nombreuses que la plupart des chercheurs hésitent à étaler au grand jour afin de ne pas porter un coup fatal aux aides financières qui leur sont allouées. Le fait est qu’il ne serait pas habile d’annoncer tout de go qu’il n’y a probablement pas de vie intelligente sur d’autres planètes alors que c’est cette possibilité-là et pas une autre qui, en titillant l’imaginations du bon peuple et l’intérêt électoral qu’y voient les politiciens, fait que pas mal de crédits sont encore alloués à toutes sortes de recherches consacrées à une meilleure connaissance de l’Univers. Il ne serait même pas faux de considérer que ce n’est jamais par hasard que la NASA annonce périodiquement certains types de découvertes à grands renforts de communiqués tapageurs et que la communauté scientifique cultive volontairement l’idée générale que l’on finira bien par mettre un jour en évidence l’existence de petits hommes verts, gris ou roses sur l’une ou l’autre des planètes lointaines que l’on découvre désormais par centaines et dont quelques-unes sont périodiquement décrites comme “jumelles” de notre Terre. Que ces dernières tournent autour d’une étoile naine ou qu’elles soient gazeuses ne sont en général que des “détails” auxquels le bon peuple ne prend pas garde tant il est avide d’être stimulé par l’angoisse ou le plaisir de croire que notre humanité n’est pas unique et condamnée à la solitude éternelle.

Et pourtant mon cher ami ! On a beau découvrir ici et là dans les espaces interstellaires des molécules organiques assez longues, on n’y a jamais encore repéré le moindre morceau du plus petit brin d’ADN. Et on a beau nous affirmer que ces longues molécules sont en quelque sorte les “briques de la vie” il faut bien se rendre compte qu’un tas de brique, aussi énorme soit-il, n’a jamais fait une maison sans l’apport d’une intelligence extérieure. En effet, pour obtenir un brin d’ADN, à savoir ce qui caractérise déjà la vie à son niveau le plus simple de l’évolution, il ne suffit pas de faire se rencontrer de longues molécules organiques dans une éprouvette. Tous les scientifiques le savent et l’avouent : on ne sait pas du tout où et comment la vie est apparue. Mais on sait que cela a exigé une infinitude de processus physico-chimiques successifs qui durent nécessairement se produire dans un ordre si précis qu’il est raisonnable de conclure que l’ensemble de ce long cheminement n’a pu se produire qu’une seule fois dans tout l’Univers. Dès lors, il n’y a guère le choix : ou bien cela s’est produit dans les espaces interstellaires et la Terre aurait été ensemencée, comme d’autres corps célestes, au fil des âges cosmiques ; ou bien c’est ici même qu’apparut la vie et qu’elle y restera tant que nous ne la propagerons pas ailleurs. Si la première hypothèse était la bonne, on aurait logiquement détecté dans les espaces interstellaires des molécules bien plus complexes encore que celles qui y furent rencontrées jusqu’ici. Au final, c’est donc la seconde hypothèse qui semble s’imposer. Et il en découle que notre humanité est forcément une exception unique dans l’Univers. Cette conclusion, bouleversante à plus d’un titre, semble d’autant plus certaine que tous les essais de détection d’une vie extraterrestre intelligente au moyen d’un balayage systématique par des radiotélescopes (projet OZMA) sont demeurés vains jusqu’à ce jour.

Mais laissez-moi ajouter encore quelque chose... Il y a quelques années de cela, j’eus l’occasion d’assister à une conférence d’un professeur d’astrophysique au cours de laquelle ce dernier examina séparément chaque terme de la fameuse équation de Drake qui passe pour être en mesure d’évaluer les chances d’existence de créatures “aliens”. Eh bien, en retenant pour chaque membre de cet équation la possibilité mathématique la plus avantageuse, cet homme finit par arriver à un résultat stupéfiant : UN. Autrement dit, c’est notre humanité qui correspondait à ce résultat !

Ce que je viens de vous expliquer au sujet des origines de la vie fournit à certains esprits religieux l’occasion d’affirmer que Dieu seul peut être l’intelligence qui créa la vie. Pourtant, cette apparente évidence ne s’impose nullement.

Certains chercheurs considèrent que l’Univers pourrait être une sorte de “machine” dont une des fonctions principales serait d’opérer sans cesse de nouveaux essais, de nouvelles combinaisons, afin de trouver, parmi les résultats obtenus ainsi, les moyens d’apporter toujours plus d’efficacité aux systèmes en place jusque-là. Tel serait en fait le mécanisme de l’évolution se rapportant aussi bien aux êtres vivants qu’à toutes les substances ou corps de l’Univers. Vous le comprendrez aisément, un tel processus, produisant bien plus de résultats négatifs que de positifs, ressemble davantage au fonctionnement d’une machine dotée d’un mécanisme répétitif simple plutôt qu’à la manifestation d’une intelligence pure telle qu’on la considère habituellement d’un point de vue humain ou divin.

Certains astrophysiciens, comme Sir Arthur Eddington, ont porté leurs réflexions encore au-delà en concluant que l’essence même de la matière est de nature mentale et qu’elle ne s’impose à nous sous la forme qu’on lui connaît que par une illusion engendrée par notre propre conscience, laquelle fait elle-même partie du vaste Univers mental. Dans cette perspective, l’Univers pourrait être conçu comme une sorte de “film mental” ou de “pensée” se déroulant ou évoluant selon des principes mathématiques rigoureux se répétant à l’infini. L’Univers serait ainsi à la fois un “cerveau” et les pensées qu’il génère.

A défaut de pouvoir percer les secrets de l’Univers, pourra-t-on jamais en percevoir le but ? Mais l’Univers a-t-il nécessairement un but ? N’est-il pas tout simplement tel qu’il est parce qu’il lui est impossible, mathématiquement, d’être autrement ? D’aucuns estiment que l’Univers n’existe que pour abriter la vie et en assurer l’évolution. Mais la vie n’est-elle pas plus simplement une conséquence fatale qui, comme d’autres engendrées par l’Univers, disparaîtra comme peut disparaître une espèce animale ? Pourquoi faudrait-il nécessairement que l’Univers corresponde à notre logique si fortement imprégnée de croyances philosophiques, morales et religieuses ? En vertu de quoi l’humain se considère-t-il comme l’élément le plus abouti de l’Univers ? Une galaxie, avec ses étoiles et ses planètes n’est-elle pas bien plus complexe et achevée qu’un être humain ? L’Univers, dans son ensemble, ne doit-il pas plutôt être considéré comme l’être spirituel le plus complexe et achevé qui soit ?

Autant de questions, Mon Cher Ami, qui risquent bien de rester à jamais sans réponse. Je vous les ai soumises pour vous montrer à quel point tous ces problèmes interdépendants sont bien plus complexes que ce que quelques articles et documentaires superficiels tentent de nous faire accroire. A vous d’en tirer vos propres conclusions.

Croyez, Cher Ami, en mes sentiments les meilleurs,

Bernard de S****