LES ARTICLES

L'éditorial de Josane Charpentier - 1962

Le Chêne d'Or

En des temps légendaires, un roi de ce qui n'était pas encore la Grèce monta une expédition pour la recherche de la Toison d'Or.

Cette expédition, sous la conduite de Jason, partit à bord du navire Argo. Parmi les membres de l'équipage, qui devaient prendre par la suite le nom d'Argonautes, se trouvait Héraklès, demi-dieu, fils de Zeus. Il devait abandonner l'expédition pour remplir d'autre tâches, dont celle de récupérer les pommes d'or du jardin des Hespérides.

Après diverses péripéties, dont l'importance symbolique est particulièrement grande, l'expédition des Argonautes aboutit à la découverte de la Toison d'Or dans un chêne.

Ce qu'était la Toison d'Or ? Il nous sera donné certainement quelque jour de revenir sur ce sujet. Disons seulement aujourd'hui que, dans la plupart des légendes, et dans toutes celles ayant une valeur initiatique, l'objet d'or symbolise toujours une connaissance primordiale.

C'est dans un chêne que se trouve la Toison d'Or...

Pour les druides, le chêne était entre tous l'arbre sacré, c'est d'ailleurs de son nom celtique – ou préceltique : dreu / deru – que le druide tire son nom.

C'est le gui qui pousse sur ce chêne – et exclusivement celui-là – que l'on coupe en grande pompe aux nuits de solstice, avec une faucille d'or, symbole de la connaissance, du savoir. Le druide, à l'aide de la science, cueille, sur le chêne sacré, la plante qui, convenablement traitée, donnera à l'adepte des pouvoirs spirituels accrus.

Plus tard, quand l'imagination populaire déforme poétiquement les données sacrées qui se dissimulent derrière les symboles, le chêne demeure cependant – du moins en Occident – l'élément primordial, le centre des contes de veillées.

Les fées reviennent dans les forêts de chênes. L'arbre aux fées, celui autour duquel se fait la ronde (Jeanne d'Arc n'y participa-t-elle pas en sa jeunesse, selon le conte ?), est un chêne.

C'est au pied du chêne, parfois même à l'intérieur du chêne creux, que prennent source les rivières sacrées, les rivières miraculeuses.

C'est dans les frondaisons d'un chêne que se cachent les génies à apparences de brigands.

C'est dans ce même chêne que se dissimulent voyageurs ou chevaliers qui surprendront les secrets qui se confieront sous son ombre.

Pour l'alchimiste à la recherche du Grand Œuvre, qui est la connaissance des secrets cachés de la matière, le creuset où s'élabore cette œuvre est appelé « le chêne creux ».

C'est sous ce chêne que la tradition populaire fait rendre la justice à saint Louis.

Assez souvent, le chêne est lié également avec des épisodes de la vie des saints – et spécialement en France. Un certain nombre de lieux-dits en portent encore la trace et les chênes de Saint-Martin, l'apôtre des Gaules, sont fréquents.

Quand les ermites ne se retirent pas dans les grottes, ils vivent dans des chênes creux.

Il va sans dire que cette importance du chêne dans l'ésotérisme, la tradition et la légende, est symbolique, elle est image, rébus et un peu calembour... On ne saurait oublier que tout l'enseignement du Christ est contenu dans des paraboles.

Il existe, actuellement, un très net retour vers les sciences traditionnelles. Malgré ses réussites matérielles, considérables, la science officielle n'a obtenu que peu de résultats humains. Un homme désespéré, lancé à 900 km/h dans un avion, est tout aussi désespéré qu'un homme immobile.

Et comment ne serait-il pas désespéré quand la science officielle, séparée de toute religion, lui enseigne qu'il n'est qu'un agrégat plus ou moins complexe de cellules, vivant on ne sait pourquoi ni comment.

Mais, aussi mécanisé qu'on ait voulu le rendre, l'homme se sent une vocation autre que d'être une machine. Il veut connaître ses possibilités psychiques et les élargir.

Des vestiges du passé il constate que des hommes, avant lui, ont connu cela... il se tourne de plus en plus vers la science des anciens, cherchant à lui arracher son secret.

Cette revue voudrait être une aide pour ceux qui désirent rechercher ces secrets.

Si la connaissance est une, les sentiers et les voies qui y mènent sont nombreux. Autant qu'il nous sera possible, nos lecteurs trouveront dans chaque revue une rubrique des disciplines principales.

A ces articles nous joindrons, dans chaque numéro, l'histoire de quelque grand philosophe ou initié (ces termes étant pour nous équivalents) tant dans un but anecdotique qu'en hommage aux maîtres qui ouvrirent les voies.

Et aussi (d'autres œuvrent également) une revue des livres, des revues, des conférences traitant ces sujets que l'on qualifie actuellement de façon très "Marie-Chantal", d'insolites.

Le Chêne d'Or

© Les Cahiers du Chêne d’Or / Les Cahiers du Réalime Fantastique / Michel Moutet, 2013