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Les lourds secrets de la Ratapignata # 4 – Du comte de Saint-Germain à George Washington


On remarque que Jean-Pierre Giudicelli et Serge Hutin figurent tous les deux parmi les remerciements au début de Legenda des Frères Aînés de la Rose Croix publié par l’alchimiste Roger Caro en 1970. On retrouve des informations sur les FARC dans Montfort, le mythe templier (2007) de Marc Mirault & des Bergers d’Arcadie (pp 119 à 158).

Serge Hutin, dans Saint-Ger­main, Cagliostro, la princesse de Lamballe  (1996), écrit, page 22 :
« Mais il ne faudrait pas négliger l’existence, parallèlement à la maçonnerie des hauts grades, d’une sé­rie de sociétés secrètes illuministes indépendantes. Sur ces fraternités en marge de la franc-ma­çon­nerie, il existe diverses enquêtes spécialisées. Bornons-nous à citer (car elle est particulièrement riche en documentations inédites) l’ouvrage de Jean-Pierre Giudicelli de Cressac-Bachelerie : Pour la Rose Rouge et la Croix d’Or (Paris, Editions Axis Mundi, 1988). Il apporte des matériaux précieux bien difficilement vérifiables hélas pour l’historien non seulement sur des filiations rosicruciennes peu con­nues mais sur toute une série de petites sociétés initiatiques d’ordinaire ignorées des travaux cou­rants ; celles, tout spécialement, touchant à des filiations alchimiques. ».

En miroir du titre du livre de Giudicelli, qui a été depuis plusieurs fois réédité, nous rapportons un té­moi­gnage recueilli vers 2005 : un homme, qui nous avait demandé de ne pas dévoiler son identité, et qui s’était présenté comme un ex-franc-maçon égyptien de rite Memphis-Misraïm, nous avait confié que dans un livre, qu’il ne pouvait pas nous montrer, se trouvait un dessin de la pyramide de Falicon surmontée d’une croix en or.
Et pour ce qui est de l’alchimie à la Ratapignata, Jacques de Saint-André (Jacques Elie Moreau*) dans Francs-maçons et Templiers, la fin d’une malédiction (1977), dans un chapitre intitulé "Une pyramide templière…", semble convaincu d’avoir trouvé à la page 15 du poème "La Grotta di Monte-Calvo" de Domenico Rossetti des allusions claires au grand-œuvre (pp 150-151). Michele Allegri semble par­ta­ger cette opinion puisqu’un chapitre de son e-book La Religione Segreta dei Templari (2013) s’intitule "Le poème alchimique de l’avocat Rossetti". Dans son livre, Jacques de Saint-André s’étend (pp 117 à 124) sur sa rencontre « tout à fait par hasard » avec le Grand Visiteur de l’Ordre de la Rose. Selon Thierry-Emmanuel Garnier, Jacques de Saint-André serait tout simplement le Grand Maî­tre de l’Ordre de la Rose (cf L’Ile des veilleurs - Contre-enquête sur le mystère du Verdon et le trésor de l’Ordre du Temple (2007, p. 296)** qui organisait « des tenues secrètes dans les environs de Nice » (cf L’Ile des veilleurs, que nous venons de citer, p. 288). Cette même page 288 nous remémore que Jacques de Saint-André était le pseudonyme de Jacques Moreau. A ce propos, nous repro­dui­sons ici, avec l’ai­ma­ble autorisation de Franck Gotteland, une lettre que Jacques de Saint-André avait envoyée à Jean Gotteland (père de Franck et fils d’Etienne). Rappelons qu’Etienne Gotteland fut celui qui rebaptisa, à la fin des années 1920, la Ratapignata « Antre Sacré de la Sagesse » et qui dressa un parallèle entre le Mont Chauve et le Golgotha.

Lettre de Jacques Moreau à Jean Gotteland

Jacques de Saint-André, page 152 de son livre que nous avons cité, écrit : « Et ne dit-on pas qu'à la même époque [1922], Aleister Crowley et Trebitsch-Lincoln avaient choisi la pyramide de Falicon pour d'étranges cérémonies magiques ? ».

Alexandre Grigoriantz - Le Gourou de la RivieraPour ce qui est de la présence de Crowley, outre Ser­ge Hutin, citons Christian Bouchet (in Le Défi ma­gi­que. Volume 1 : Esotérisme, occultisme, spi­ritisme, 1994) : « De 1903 à 1923, Crow­ley se rendra à plusieurs re­pri­ses en France : à Paris et en Ile-de-France, à Nice, à Marseille (…) » (p. 108).
Et concernant Trebitsch-Lincoln, l’ouvrage d’Alexan­dre Gri­goriantz qui lui est consacré, Le Gourou de la Ri­vie­ra (2004), nous parle de ses séjours sur la Côte d’Azur (aux alentours de 1930). Pas un mot sur Falicon, mais on remarque que l’un de ses principaux disciples s’ap­pe­lait Henri Chauve. Aurait-il pu ne pas connaître la grotte du Mont Chauve ?
Trebitsch-Lincoln (1879-1943) fait partie, ainsi que le comte de Saint-Germain, de ces personnages que l’on voit partout, même après leur mort officielle (cf l’opi­nion de Marie-Rose Baleron rapportée par Serge Hutin dans Les Sociétés secrètes en Chine, page 147, que nous avons cité in extenso). Dans le roman es­pa­gnol (traduit en français) Le Secret égyptien de Na­po­léon de Javier Serra (2003), Saint-Germain vient se res­sour­cer à la pyramide de Falicon.

Une tradition que nous a rapporté Serge Hutin dans Saint-Ger­main, Cagliostro, la princesse de Lamballe (pp 109 à 111) rattache "le Rose-Croix immortel" à la plus célèbre des pyramides américaines :
 
« Pour ce qui concerne Saint-Germain, il existe une fort curieuse tra­dition orale américaine. Laquelle donc ? Il existerait un talisman secret (destiné à protéger les Etats-Unis, tant que la chaîne continue des présidents successifs se perpétuera), que l’« Immortel » en personne aurait remis à Georges Washington, à charge pour lui de le transmettre en fin de mandat à son successeur – et ainsi de suite, la détention du dit talisman devant jouer exclusivement le laps de temps d’une présidence. Aux Etats-Unis donc, une étrange légende officieuse attribue ainsi à Saint-Germain un beau rôle protecteur de la nation. Ayant discrètement appuyé George Washington (lequel sera l’un des premiers francs-maçons à recevoir le fameux 33ème degré du Rite Ecossais Ancien et Ac­cep­té) il aurait bel et bien remis à celui-ci, un talisman – confectionné par lui – destiné à protéger le nouvel Etat. Après la cérémonie publique d’investiture d’un nouveau président des Etats-Unis, il y aurait ainsi une très courte solennité fort discrète, au cours de laquelle le président, dont le mandat vient d’expirer, trans­mettrait le dit objet aux mains de son successeur. En cas de disparition prématurée d’un président, cette passation de pouvoir incomberait au vice-président, chargé de veiller jalousement sur la garde temporaire de l’objet magique. Il s’avère impossible, ce qui n’a rien d’étonnant, d’obtenir la moindre confirmation ou infirmation officielle au sujet de ce mystérieux talisman protecteur des Etats-Unis, et que le Comte de Saint-Germain aurait remis à Washington !

« En quoi consisterait le dit talisman secret ? Puisque, tôt ou tard, tout finit par se savoir, en une gran­de médaille en or massif. L’une de ses deux faces représenterait l’aigle, emblème type de l’Amérique mais qui figure aussi au nombre des symboles traditionnels propres au Rite Ecossais Ancien et Accepté de la franc-maçonnerie.

« Quant à l’autre face, on y verrait un autre symbole – bien connu en fait, puisqu’on le trouve figuré sur le fameux billet vert d’un dollar (celui qui porte l’effigie de George Washington). C’est une pyramide inachevée, mais dont le sommet se trouve remplacé par le triangle (Delta lumineux) qui porte en son centre l’œil symbolique du Grand Architecte de l’Univers. Rien d’étonnant à ce que ce symbole pyramidal se trouve associé plus spécialement au degré terminal, le fameux 33ème du Rite Ecossais Ancien et Accepté, ce système de hauts grades qui trouva son organisation définitive (avec la formation, à Charleston, du tout premier Suprême Conseil) aux Etats-Unis même, précisément. »

Avant de conclure, on peut citer un autre « grand initié », beaucoup moins connu que Crowley, Krem­mertz ou Lincoln, qui appartient à la même génération, et qui s’est peut-être intéressé à la pyramide puisque résidant à Nice : Hans Gruter (1874-1953). On peut voir sa photo dans La Franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm (2003) de Serge Caillet. « Nommé Grand Maître (1931) de l’AMORC pour la France, il collabore avec Jeanne Guesdon à l’implantation de cette organisation en France. Admis dans la franc-maçonnerie niçoise, il préside à Nice un chapitre du rite écossais ancien et ac­cepté, et reçoit de Jean Bricaud le 95ème degré dans la franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm (26 juin 1932) » (p. 117 de Les Marges du christianisme, sous la direction de Jean-Pierre Chantin, 2001).Le livre de Lino Spadaccini

Au terme de cette tentative d’éclaircissement des quel­ques lignes de Serge Hutin, le voile est loin d’être levé sur « les lourds secrets de la Ratapignata ». Le titre de cet article était bien sûr un clin d’œil à l’ouvrage de Robert Ambelain, Les lourds secrets du Golgotha.

La vérité se cache quelque part entre la magie ro­man­cée de Dennis Wheatley, les antiques initiations à Mi­thra imaginées en ces lieux, les non dits de l’« amie ni­çoise », et ceux de Domenico Rossetti. 
 
Alexandre BRITO

Toutes les illustrations sont des collections de l'auteur.

* Ndlr : Producteur alors de l’émission Un Autre Soleil sur FR3 Nice-La Brague, où il interviewa, avec sa com­plice Ginette Taffin, quasiment tout le gratin ésotérique de la région dans le courant des années 70.
** Ce dont doute toutefois très fortement Michel Moutet dans ses Opinions Provi­soi­res d’août 2008


La pyramide de Falicon, une vue de l'esprit