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Les exoplanètes de Trappist – par Marc Hallet


Depuis hier soir, on ne parle (presque) plus que de cette extraordinaire nouvelle de la Nasa : radios, télés, Internet, bistrots... Enfin, je suppose. Ça doit bien faire les "longues de comptoir" puisque l'étoile a un nom de (bonne) bière belge. Ce qui permet à Marc Hallet de demander avec humour s'il s'agit d'une blague de même tonneau ! Et nous donne un avis sur le sujet (non, pas la bière, les exoplanètes) qui n'est rien moins que pertinent.

Michel MOUTET [23-02-2017]
 

La médiasphère bruisse actuellement d'une découverte qui relance (une fois de plus) les espoirs de découvrir de la vie ailleurs que sur notre planète. Je veux parler de ce système solaire comportant au moins 7 planètes et qui a été nommé Trappist en référence à quelques célèbres bières belges.

Ce sont en effet au moins 2 astrophysiciens belges (de l’Université de Liège) qui sont à la base de la découverte et qui signent l’article qui vient de paraître dans Nature.




Il y a bien des années de cela, un astrophysicien de la même Université m’avait expliqué que lorsqu’elle avait besoin d’argent, la NASA n’hésitait pas à faire quelques révélations apparemment fracassantes afin d’inciter les dirigeants politiques à se montrer plus généreux envers elle. Il m’avait alors précisé que la recherche de la vie extraterrestre était à ce point de vue un thème particulièrement porteur et qu’un peu partout des astrophysiciens ne se privaient pas de l’utiliser pour tenter d’obtenir, eux aussi, des crédits (Un dénommé Bernard de S**** nous en parlait assez récemment).

Dans les faits, il semble que les astrophysiciens puissent être répartis en deux catégories. D’une part il y a ceux qui ne croient pas du tout que la vie puisse exister ailleurs puisque son apparition nécessita un si grand nombre de conditions hasardeuses successives qu’elles ne purent, mathématiquement parlant, se produire dans l’ordre nécessaire, qu’une seule fois et en un seul endroit. D’autre part il y a ceux qui, tablant sur le nombre supposé incalculable de planètes, espèrent qu’un certain pourcentage d’entre elles rassemblent toutes les caractéristiques nécessaires à l’apparition de la vie sur leur sol ou dans leurs océans. Or, si les premiers s’appuient sur des études biologiques de pointe relatives à l’extrême complexité chimique du vivant, les autres, quant à eux, font un simple pari dénué de toutes bases solides. Ces deux catégories d'astrophysiciens peuvent parfaitement cohabiter. C’est ainsi, par exemple, qu’à l’Université de Liège on trouve Michaël Gillon qui est un des principaux signataires de l’article de Nature et le professeur Pierre Magain qui dans une de ses conférences publiques démontra que même en retenant pour chacun de ses termes la valeur maximale admissible, la fameuse équation de Drake ne pouvait encore donner comme résultat que 1, correspondant donc à notre planète.

Consécutivement au battage médiatique organisé cette fois par la NASA ainsi qu’aux interviews accordées ici et là par certains des signataires de l’article relatif au système Trappist, la médiasphère s’est emballée et on dit déjà, ce matin, que trois ou quatre des planètes de ce système se situent dans une zone favorable à l’apparition de la vie et qu’au moins leurs océans pourrait donc en être le siège. Or, on ne sait même pas encore si ces planètes ont une atmosphère et des océans !

Il suffit de regarder un peu attentivement les données publiées pour se rendre compte que tout ce battage médiatique ne repose que sur du vent et des rêves insensés. Le Soleil de Trappist n’est en rien semblable au nôtre. Il s’agit en effet d’une étoile de type naine rouge, bien plus petite que notre Soleil et deux fois plus froide que lui. En conséquence, la zone où la température serait telle que les planètes qui s’y trouveraient pourraient abriter la vie est très proche de l’étoile elle-même. Or, une naine rouge est bien plus active que notre Soleil. Elle projette en effet autour d’elle une quantité phénoménale de particules ionisantes et de rayon UV qui empêchent l’assemblage de molécules complexes. Sauf si, par un extraordinaire bonheur, l’une ou l’autre de ces planètes était (miraculeusement) super-protégée par une magnétosphère conséquente. On doit noter aussi que les planètes de Trappist semblent toujours présenter la même face à leur étoile, ce qui doit engendrer, au sol, du fait des grandes différences de température, de terribles ouragans permanents... Du moins si elles ont une atmosphère. Autre chose encore : ces planètes tournent extrêmement vite autour de leur étoile, la plus éloignée accomplissant son orbite complète en seulement 20 jours. Cela aussi n’est pas sans conséquence sur une éventuelle vie "trappistienne".

Il n’y a donc RIEN dans la découverte qui vient d’être faite, et qui est intéressante à plus d’un titre, qui puisse faire penser qu’il y a de la vie dans le système Trappist.
 

Marc HALLET