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En feu ! – par Michel Granger

AblazeAblaze! en américain. Tel est le titre du livre de mon ami Larry E. Arnold, publié en 1995 par M. Evans & Co Inc. à New York, et qui, à ma con­nais­sance, constitue l'ouvrage le plus com­plet jamais paru sur les mystérieuses com­bus­tions spon­ta­nées humaines (C.S.H.).

Tout au long de ces 469 pages imprimées en petits caractères, Larry brosse un tableau impressionnant de ce "pyrophénomène", impossible à priori, compte tenu de l'incombustibilité reconnue du corps humain. Mais le fait est là : des centaines de gens ont été retrouvés calcinés sans qu'une source ignée exté­rieu­re puisse expliquer l'état de cendres auquel ils fu­rent réduits. Par exemple l’Américaine Mrs Reeser, vic­time d'un tel accident en 1951, pesait 175 livres avant, 10 après !

Un survol historique sans précédent

Larry, qui commença ses recherches en 1973, fait remonter les premiers rapports au 17ème siècle (le professeur M. Jacobaeus en fit paraître un dans la Collection Académique - Actes de Copenhague en 1671). On pensait alors que les infortunés avaient suc­combé à « une visite divine ».

Des cas célèbres laissèrent ensuite des traces tangibles, notamment celui de la femme de Jean Millet (1725) qui amena la condamnation de son mari et la comtesse Cornelia Bandi (1731) retrouvée totalement carbonisée à partir des genoux jusqu'à la tête.

Larry cite le cas d’une femme de Vitry, en Haute-Saône, réduite en cendres dans ses vêtements intacts en 1731 !

Une véritable épidémie de combustions spontanées humaines toucha l'Europe au début du 19ème siècle. A l'époque, pour les expliquer, on opta plutôt pour « un abus de spiritueux », comme si l'alcool pouvait imbiber les chairs des alcooliques au point de les rendre inflammables !

Inconcevable mais vrai

Le Baron Justus von Liebig (1803-1873), célèbre chimiste allemand, se livra à diverses expériences de "simulation" sur des tissus humains pour montrer que cette éventualité était scientifiquement exclue. Ce qui n'empêcha pas le phénomène de se reproduire avec une régularité toute particulière jusqu'à l'époque moderne où il n'a cessé de surprendre... et de perdurer.

Dans un courrier du 7 décembre 1990, Larry me disait disposer d'une vaste documentation sur les C.S.H. françaises anciennes mais de peu d'informations sur les probables cas modernes. Cela me permit d'apporter ma contribution à l'œuvre remarquable de Larry en le documentant sur les cas d'Uruffe, de Berthelming, de Saint-Pierre-du-Palais, etc. J'en suis d'ailleurs nommément remercié, ce qui me fait grand honneur de figurer dans cette encyclopédie des C.H.S.

Malheureusement, je n'ai guère pu le renseigner sur le mineur autunois, carbonisé aux Télots en 1982, à quelques dizaines de kilomètres de  chez moi, pour lequel je cherche toujours des précisions non  divulguées dans la presse.

Quant aux références littéraires concernant les C.S.H., elles sont exhaustives dans ce livre.

Expliquer l'inexplicable

Bien entendu, Larry passe en revue toutes les hypothèses réductrices avancées pour élucider cette brûlante énigme, et elles sont nombreuses : effet de chandelle pour les obèses, réaction nucléaire en chaîne pour Mrs Reeser initiée par des « pyrotrons » (?), thermogénèse interne, hyperthermie maligne, bioplasma, hystérie mystique, Kundalini, Chi...

C'est ainsi que l'on apprend que la fièvre record enregistrée chez un individu est de 64 degrés Celsius ! Que certains moines indous, adeptes du tumo, ont été vérifiés capables de sécher, 8 fois de suite en 2 heures, leurs vêtements trempés dans l'eau et réendossés dehors à une température de 10 degrés. Que la mort peut se traduire par une montée brusque de la température du moribond laquelle, en 1973, a enflammé un cercueil de l'intérieur à San Francisco !

Révélations passionnantes

C'est la première fois que je vois souligné avec autant de pertinence le fait qu'une forte proportion de C.S.H. s’est produite dans des voitures. Larry appelle cela des « autocombustions » !

Il nous apprend aussi que, contrairement aux idées reçues, il y a eu des tiers témoins de C.S.H. Et que certains animaux, tortues, oiseaux, escargots (!) n'y échappent pas.

De même, plusieurs victimes ont survécu à cette attaque ignée qui semble sourdre de l'intérieur. Certes, je connaissais Jack Bundy Angel, qu'on dut amputer du bras, mais Larry rapporte des circonstances semblables en Amérique, en Hollande, en Russie, en Chine...

Des cas inédits sont aussi cités sur lesquels Larry a enquêté lui-même durant la longue gestation de son ouvrage.

On apprend même qu'une étude anglaise a mis en évidence une sorte d'orthoténie au sujet des emplacements où furent enregistrées des C.S.H.

Enfin Larry campe le profil type de la victime potentielle (physiologique et psychologique) et corrèle les dates de ces incidents avec les phases lunaires. Passionnant.

L'affaire de Moirans

La seule référence qui manque dans Ablaze est celle de Moirans-en-Montagne. Heureusement, me direz-vous, puisqu'on connaît aujourd'hui la solution de l'énigme : un banal (si je puis dire) pyromane animé d'intentions plutôt troubles.

Il n'empêche que je gage qu'on retrouvera bientôt dans les annales de la C.S.H. le fait que les vêtements de la malheureuse victime n'étaient pas "carbonisés" alors que dessous elle portait des brûlures au 3ème degré. A preuve : l'hebdomadaire Psychic News de Londres du 9 mars 1996 parlait déjà de combustion spontanée, faisant état des « vêtements intacts ». Je vais, certes, tenter de rétablir la vérité en envoyant une lettre à la rédaction, mais serai-je entendu, sinon publié ?

Michel GRANGER

Publié in Dimanche Saône & Loire du 7 Avril 1996.
Dernière mise à jour : 15 Mai 2013.