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Adamski, c'est le pied ! – par Michel Granger

Nous n'allons pas vous rabâcher l'histoire Adamski en vous contant par le menu qui était le personnage. On trouve tout ça à l'envi sur la Toile : le vrai, le faux, le transformé, le transformable, et tout le reste, dans toutes les langues de la planète, même les plus inimaginables. Vous dire que le personnage est connu et célèbre ! Et, au cas où vous n'en connaîtriez rien, ce qui paraîtrait étonnant à plus d'un, Internet vous dira tout.
Marc Hallet, auteur du livre que nous vous proposons plus bas, fut dans sa jeunesse un ardent défenseur du Maître, puis se posa des
questions qui l'éloignèrent progressivement des zélateurs de ce qui res­sem­blait fort à une secte. Morceau par morceau, article après article, livre après livre, il démonta le cas du premier et plus célèbre des « contactés », jusqu'à ce que près de cinquante ans plus tard, il produise la dernière mise à jour, en juillet de cette année, de ce qu'il estime être l'ouvrage définitif sur la question (en anglais, mais très abor­da­ble) qu'on peut télécharger gratuitement ici.
Nous ne rappellerons pas non plus l'importance sociologique du phénomène Adamski : Mi­chel Moutet le fait sobrement mais très régulièrement.
Par contre, il nous est apparu intéressant de publier le présent article de Michel Granger consacré à un livre qui est paradoxalement bien connu de certains et que pourtant peu ont lu, y compris parmi ceux qui savent qu'il a existé. Qui montre aussi que les histoires se nour­rissent d'histoires qui s'enrichissent mutuellement sans que ça ne crée les preuves de quoi que ce soit...
  La Rédaction
[18-09-2016]
  

Podologie vénusienne :
une drôle d’histoire belge ?

  

Une représentation artistique d'OrthonAvant d'en venir à cette histoire de cordonnier, voyons comment je clas­se­rais par degrés de crédibilité crois­sante les principales affirmations d’Adamski :

Fiction voire enfantillages ?
• Rencontre de son épouse défunte réincarnée sur Vénus en une superbe créature !
• Provenance des « Frères » vénusiens, martiens, sa­turniens : on sait que les seules formes de vie pos­si­bles sur ces planètes sont des protozoaires thermo­philes et hyper ou hypo-bariques (résistants à plus ou moins de pression).
• Description des lieux visités par George Adamski sous la houlette de ses amis : végétation sur la Lune, conditions de surface et "habitabilité" de Vénus, Mars et les autres planètes du système solaire ; pour rat­traper le coup, les défenseurs d’Adamski parlèrent bien de noms de codes pour désigner des planètes plus lointaines mais c’était se raccrocher à des bran­ches bien vermoulues.

Douteux
• Photos du vaisseau de mission de reconnaissance (scout­craft) ; et ce, malgré ses « dimensions harmonieuses » déduites de plusieurs analyses et « ses rapprochements sous l’angle de Chéops » ; en ce sens, une étonnante série de coïncidences qui peuvent très bien venir se ranger sous la bannière du principe cité par J.G. Dohmen selon lequel : « A partir de n’importe quoi, on trouve tout ce que l’on veut ! ». Qu’est-ce qui empêche d’avoir des dimensions harmonieuses et des angles proches de 75/77 degrés à un couvercle d’aspirateur-balai, à un réchauffeur à bière, à un lampadaire ou autre quincaillerie ? Toutes choses abordées en détail dans l'ouvrage richement illustré ci-dessous.

George Adamski / Desert Center

Ce livre, édité en 1983 par Michel Moutet, fait l'objet d'une offre spéciale permanente
(dont un cadeau original) que vous pouvez trouver
ici.

Bizarres intuitions
• Les points lumineux observés depuis l’espace qu’Adamski décrivit comme des étoiles lointaines et qui, après avoir été assimilées un temps aux « lucioles », ou « papillons de l’espace » signalées par certains astronautes (dont John Glenn (4)) et cosmonautes, se révélèrent des écailles de peinture détachées de la capsule spatiale sur lesquelles miroitait la lumière solaire ; mais, un autre phé­no­mè­ne constaté est venu à nouveau jeter le trouble : il s’agit des flashes lumineux ou "phos­phènes" rapportés par 80 % des astronautes lors de leur séjour dans l’espace ; ils sont oc­ca­sion­nés par des rayons cosmiques (5) qui traversent le globe oculaire des astronautes parfois yeux fermés.
• Les ceintures de radiations de Van Allen non encore découvertes en 1952 et révélées (zone de dangereuses radiations) par Adamski suite à son voyage dans l’espace ! (ndlr : bien que cette annonce soit très controversée, et à bon droit, il sera quand même utile de revenir un jour sur ce sujet qui ouvre d'autres perspectives ; et non celles des « conspirationnistes » qui voient dans ces ceintures une "barrière" infranchissable pour l'être humain, élément sur lequel ils s'appuient pour affirmer que l'on n'est jamais allé sur la Lune).
• ...
Et cette chaussure de pilotage révolutionnaire !

Arrivons-en là à l’objet de ce texte : un ufologue belge donc, animant un minuscule groupe de fans, ce fameux Dohmen, s’est intéressé au cas Adamski pour diverses raisons mais, en tant que podo­lo­gue-technicien de la chaussure, il a porté une attention toute particulière aux em­prein­tes de pas laissées par le fameux Orthon dans le sable.

Il a fait là œuvre de pionnier car tous ceux qui se sont penchés sur ces mystérieuses empreintes l’on fait dans le seul souci d’examen des « hiéroglyphes » qu’elles présentent (une polémique est même née à ce sujet, mais hors de propos ici).

 
Les traces de pas d'« Orthon ».


La trouvaille de J.G. Dohmen

Le livre où J.G. Dohmen (1906-1970) annonce sa découverte (6) fut publié après sa mort par son fils Guy, le décès de l’auteur étant survenu en cours d’achèvement.

En usant de sa compétence de spécialiste (c’est lui qui le dit), il constate :
• des chaussures « trop copieuses à l’avant » : elles se relèvent trop  fortement,
• une semelle « baroque » affreusement large et encombrante du bout,
• un patin rapporté, « impensablement » étriqué à l’endroit de la pleine largeur de nos semelles,
• un monobloc (avant-pied) aux hiéroglyphes dépassant en relief (?) le niveau de ce qui semble bien être la tige,
• un talon lourdeau (sic) (7),

et, refusant de qualifier ce monstre de « godasse du footballeur de Phobos » comme l’a fait un de ses amis irrité, J.G. Dohmen conclut : « on ne peut marcher normalement sur ces reliefs déséqui­li­brants même en imaginant d’épaisses semelles intérieures prémoulées et plus conformes à une anatomie similaire à la nôtre » ; et il ajoute : « hypothèse qui sollicite de corriger nos impressions dé­fa­vorables. ».

En clair, malgré l’envie première d’abandonner là ses recherches, il se pique au jeu de l’expertise de cette chaussure venue d’ailleurs qui a laissé ces traces mystérieuses.

Et ainsi, parti « à la rencontre d’une autre technique », il constate « que la semelle fait donc défaut en la surface des empreintes pour pouvoir y dessiner le pied inconnu » mais « il ne faut pas s’en étonner » car ce « pied » humain que J.G. Dohmen tente de faire entrer sans succès dans l’em­prein­te est représenté « en charge de corps » et non retenu par la chaussure. Gare aux Vénusiens qui aiment être à l’aise dans leurs baskets !

 
Problème derrière l'articulation métatarso-phalangienne (B) pour faire
tenir un pied humain dans l'empreinte vénusienne.


J.G. Dohmen n’hésite pas alors à supputer la « clef » selon laquelle « le pilote vénusien pressé de rencontrer G. Adamski », n’a pas changé ses chaussures impropres à fouler le sol de Desert Center, là où eut lieu la prétendue rencontre…

Ainsi, on croit que le podologue va aboutir au fait que l’empreinte serait indicatrice d’une marche sur une planète d’une gravité très différente de la nôtre (il l’envisage, puis s’en éloigne), mais le voilà qui après avoir « géométrisé les empreintes selon ses méthodes personnelles », pris en compte le pied retenu vers l’arrière, fort intrigant au demeurant, et le fort relevage des bouts – quel suspense ! – infère que ces chaussures pourraient êtres celles de "pilotage" de la soucoupe volante : pour commander accélération et décélération par contact au sol tout en laissant les mains libres !

Dans l’enthousiasme de sa découverte J.G. Dohmen qualifie George Adamski de « génial novateur en chaussure », un titre hélas que le célèbre contacté n’a pu recueillir directement de son auteur de vive voix puisqu’il était déjà mort au moment de cette découverte.

Précisément, George Adamski est décédé en 1965 peu après un séjour en Europe occasionné par un cycle de conférences où il devait rencontrer M. Dohmen, lequel n’avait pas encore élaboré sa théorie sur la podologie vénusienne.

Il est bien triste que M. J.G. Dohmen n’ait pas lui non plus survécu assez longtemps à sa trouvaille car il est probable qu’en prenant avec elle le même recul nécessaire qu’il a pris vis-à-vis du phé­no­mène ovni, il aurait pu corroborer le génie de George Adamski en matière d’ergonomie po­do­lo­gique spatiale. Nous resterons donc là sur notre faim, en quelque sorte.

Pour ma part, outre l’intérêt de son livre à plus d’un titre, je retiendrai de J.G. Dohmen cette citation terminant son analyse du cas Adamski : « Pour les Autres, nous ne sommes que de modestes re­pré­sentants d’un triste tiers-monde, encore fort éloigné du point Oméga. ». Quelle belle formule pour exprimer ce que je pense depuis 40 ans que je me penche sur le problème ovni.

Michel GRANGER
Publié en version longue in Beta Tauri n° 24, septembre 2009
Dernière révision : 22 mars 2016


(1) Pour s’en convaincre (de mon adhésion non totale et non entière à George Adamski), il suffit de lire mon texte paru dans Dimanche Saône & Loire du 8 juillet 2007. Et exhumer des archives mes courriers à l’hebdomadaire disparu Nostra : "A propos de l'affaire Adamski", n° 416, 27 mars 1980, et "Encore et toujours Adamski", n° 428, 25 juin 1980. Cela dit, j’ai des adamskistes purs et durs parmi mes amis et je les respecte : notamment une femme qui fit partie en son temps de son cercle rapproché.
(2) Trad. française : Les Soucoupes volantes ont atterri par Desmond Leslie et George Adamski, J’ai lu, 1971.
(3) Clark, Jerome, The UFO Encyclopedia, Omnigraphics Inc. Detroit, MI, 1998, page 26.
(4) Voir ce que j’en dis dans un paragraphe (pages 76 à 80) de mon livre : La Face Cachée du Ciel, Collection Les Chemins de l’Impossible, Albin Michel, 1979.
(5) Ces « flashes » lumineux ont été produits artificiellement chez des physiciens new-yorkais qui ont placé leur tête sur la trajectoire d’un rayon de muons généré par l’accélérateur de particules de l’Université de Princeton !
(6) Dohmen, J.G., A identifier et Le Cas Adamski, publié à compte d’auteur par son fils en 1972. Le faible tirage et le manque de diffusion fait que cet ouvrage est certainement passé inaperçu à beau­coup d’entre vous. Les recherches de livres d’occasion facilitées aujourd’hui par Internet m’ont per­mis de l’obtenir pour 34 € et sa lecture m’incite à le conseiller à tous (Editions Travox).

(7) Il faut, en effet, être vraiment un spécialiste podologue pour voir tout ça à partir de ces deux em­preintes !

Représentation artistique d'Orthon (détail colorisé) : © Michel Zirger/Agence Martienne.
Hormis la couverture de Desert Center, toutes les autres illustrations sont de la collection de l'auteur.