LES ARTICLES

On a perdu la moitié de l’Univers – Par Michel Granger

Jean-Pierre Petit, vous connaissez, j’espère ? Ce chercheur atypique du CNRS s’est illustré naguère par sa quête vigoureuse de ce qu’il pense être le mode de propulsion des ovnis : la magnétohydrodynamique. Selon lui, les extraterrestres l’utiliseraient pour se déplacer aussi facilement que nous le moteur à explosion.

Ce livre publié en 1997, pourtant, ne consacre pas une ligne à cette fameuse thèse. Il pré­tend qu’officiellement la moitié de l’Univers serait manquante en ce sens qu’on ne sait pas la localiser !

Cette évidence calamiteuse pour les théoriciens cosmologistes (dont il fait partie, au même titre qu’il s’est illustré en tant que dessinateur vulgarisateur de la science dans Les aventures d’Anselme Lan­tur­lu) est celle qui découle de la fameuse hypothèse du Big Bang (le Grand Boum).

L’antimatière cosmique

Si cette explosion primordiale, postulée par l’abbé Lemaître comme conforme aux Saintes Ecritures, est à l’origine de notre univers, il découle que la lumière née de ce flamboiement initial (Fiat Lux, parole créatrice de la Genèse), On a perdu la moitié de l’Universlaquelle voyageait à 1/1000ème de seconde du temps zéro 10 fois plus vite qu’aujourd’hui, a dû engendrer autant de matière que d’antimatière.

Or les radioastronomes n’ont jamais pu détecter la moindre trace de cette antimatière cosmique : une moitié donc de l’univers nous échappe ! Honte aux astronomes et aux physiciens, y compris J.P. Petit, lequel avoue avoir « rasé les murs » pour ça dans les années 1970.

Plutôt que d’éluder la question, comme la plupart de ses confrères, J.-P.Petit, "directeur de recherche au CNRS", tel un zorro reconverti des ummites (comprenne qui me suit en ufologie), va tenter de retrouver ce trésor "antimatériel" qui réconcilierait les experts cosmologistes avec la réalité qu’on observe.

La matière sombre

Si la matière qui nous manque n’est pas visible, c’est peut-être qu’elle est invisible... Cet aphorisme débouche sur la théorie dite de la « matière sombre » qui postule qu’une moitié de l’univers, auquel nous appartenons, existe bien mais reste hors de notre horizon observable. On sent que l’auteur n’y adhère pas franchement, et il affirme que les études visant à la vérifier se révélèrent décevantes. Enfin, lui en est manifestement déçu.

Il écrit : « Si la matière sombre est un mal nécessaire, son existence, sous quelque forme que ce soit, reste purement spéculative. On est donc en droit de rechercher d’autres interprétations possibles. L’une d’elle est le concept de « matière-ombre » ».

La matière-ombre

Et là on ne spécule plus, on échafaude un scénario à côté duquel toutes les idées ufologiques font figure de platitudes de basse imagination. Il s’agit ni plus ni moins que de penser que ces effets gravitationnels incontournables que nous subissons (les expériences le montrent), et au sujet desquels il nous manque la moitié de la matière universelle pour les expliquer, sont exercés par un univers coexistant avec le nôtre dans le temps et dans l’espace, qui nous interpénètre, est situé partout mais nulle part et surtout est rétrochrone c’est à dire que son temps s’écoule à l’envers !

L’idée initiale de ce monde symétrique au monde connu revient au savant soviétique Andrei Sakharov et fut émise alors qu’il était en exil, en 1984. Selon lui, le monde ombre pourrait être détecté en enregistrant les particules émises par les trous noirs. Ce prix Nobel de la Paix 1975 fut le premier savant à suggérer que notre univers aurait plus de dimensions qu’il n’y paraît.

Là-bas ou bien ici ou bien « hier-là » (je m’embrouille), la température moyenne doit être de 2000 °C, ce qui fait beaucoup, en effet ! Mais nous qui sommes dedans tout en étant ailleurs n’en ressentons aucunement la chaleur. Paradoxe, seules les interactions gravitationnelles nous sont perceptibles. La réalité de l’univers-ombre est enantiomorphe, c’est à dire « en miroir par rapport à la nôtre » et la vitesse de la lumière y est différente de celle qu’on mesure ici. Et dans ce « srevinu » (où le verlan est de mise), il n’y aurait que des protoétoiles de 100 millions d’années-lumière de diamètre, toutes rouges.

Des créatures ombres ?

Dans ces conditions dépaysantes au possible, J.-P. Petit, qui est pourtant un chaud partisan des extraterrestres (il ne prononce ce nom qu’une fois dans son livre à propos de la découverte du premier pulsar qu’on prit pour un « message »), ne prévoit pas d’êtres vivants (ce seraient des ultraterrestres). Mais il exclut cette idée « à priori », ce qui n’a rien de définitif selon moi d’autant que ces créatures de l’ombre auraient quand même une belle particularité du fait que chez eux, « les distances y sont plus courtes alors même qu’elles joignent des points identiques ». Plus courtes que chez nous. J’imagine aisément des UT élastiques remontant dans le passé !

Bref, un livre incitant au rêve, passionnant, comme le dit un rationaliste dans la préface qu’il a consentie à cet "autre J.-P. Petit" (autre que l’ufologue connu), et dont je vous conseille la lecture si, d’aventure, cette moitié d’Univers inconnue vous manque...

Michel GRANGER

Publié in Dimanche Saône & Loire du 7 Mai 2000 et
Flying Saucer Review, Volume 46/3, automne 2001 (traduction en anglais par Gordon Creighton).
Dernière mise à jour : 14 Mai 2013.