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Les deux sorcières (ethnographie)

ENTRE LITTERATURE, ETHNOLOGIE ET HISTOIRE, UN OUVRAGE D’ETHNOGRAPHIE
D’IL Y A TRENTE ANS QUI RESTE LARGEMENT MECONNU

Au milieu du siècle dernier, chassés par la misère, des pêcheurs italiens émigrèrent vers la côte est de l’Algérie. Certains se fixèrent à Stora qui, dans l’Histoire, avait été appelée, lors de la domination turque, « le bastion de la France » par les capitaine de navires faisant relâche dans son port. Bien plus tôt, ce furent les Phéniciens, puis les Romains, qui occupèrent longtemps l’endroit et y laissèrent plusieurs traces de leur passage. Cependant, le livre dont est extrait le texte ci-dessous n’est pas une Histoire de Stora. Essentiellement composé de contes et de récits recueillis auprès des rapatriés du lieu, il a l’ambition de restituer le patrimoine culturel d’une communauté qui s’avéra particulièrement stable et de sauvegarder une tradition orale et populaire originale, menacée d’évidence, qui n’est, souvent, pas dénuée d’humour, ni de mystères ainsi que le démontrent plusieurs textes tels, entres autres, et outre celui ci-dessous, Trois hommes en blanc ou Un récit de peurs. La langue, avec quelques fautes d’orthographe, cherche à s’approcher au mieux d’une transcription de l’expression orale.

C’étaient deux femmes qui allaient voler dans les cimetières quand elles savaient qu’il y avait un mort qui avait des bagues, des bijoux. Alors, elles se passaient une espèce de pommade qui leur permettait de voler jusqu’au cimetière.

Un soir un des deux maris s’est dit : « Et une fois, et deux fois, je me lève et je vois pas ma femme. »

Il a vu alors sur la table cette espèce de pommade. Un jour, il a guetté pour voir où sa femme allait. Une nuit, quand les deux femmes sont sorties, il les a suivies jusqu’au cimetière. Au cimetière, elles ont ouvert un cercueil. Le mort, dedans le cercueil, il avait une belle bague. Alors elles ont dit : « Une et deux, vire et toursche. » Et elles ont enlevé la bague.

Le mari après avoir entendu ça, il est parti se coucher.

Le lendemain, le mari buvait à une gargoulette qui faisait « glou… glou… glou… ». Sa femme elle lui a dit : « Hou, tu me fais peur ! ».

Alors le mari lui a répondu : « Moi je te fais peur avec le glou glou, mais toi tu as pas peur quand tu fais "vire et toursche" ».

Il a laissé passer trois ou quatre jours et il a enlevé cette pommade qu’elle se passait et à la place il a mis un autre liquide parce qu’il ne voulait plus vivre avec une sorcière. Quand sa femme a été pour se passer cette pommade pour aller voler, bouf, elle fait un bond et elle est tombée par terre et elle est morte. © Michel Moutet / Bernard Sasso, Régusse / La Seyne-sur-Mer, 1980 (Extrait de Contes et récits d’un village d’Algérie – Stora).



CE QU'EN PENSE CLAUDE SEIGNOLLE

« Ce très intéressant ouvrage de Bernard Sasso répond exactement au genre de sauvetage de nos mémoires que j’encourage toujours. Ici, c’est très riche et élaboré. On sent l’homme puissant qui a su orchestrer et ordonner tous les genres de racontages dans leur jus et leur sens profond. Sa plume dit vrai et sa démarche, qui va jusqu’à citer ses sources, relève de l’excellente ethnographie pas frelatée et au service de la tradition. »
(correspondance privée)



sasso
134 pages au format 15,3 x 22,1 cm.
14 photos in-texte réunies en fin d'ouvrage.
Liste nominative des informateurs.
État de neuf à bon état. 20 € franco.

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