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Le Dictionnaire des Voyages extraordinaires de Jules Verne – par Claude Lengrand

Le créateur des Cahiers du Réalisme Fantastique, et premier rédacteur en chef, fut Claude Lengrand (dont vous pouvez lire l'éditorial de 1971 au début de ce site). En 1998, il publie aux édi­tions Encrage un premier tome, richement relié, de son Dictionnaire des "Voyages extra­or­dinaires" - Cahier Jules Verne, I : dictionnaire des œuvres, dictionnaire des personnages principaux et secondaires, et un dictionnaire général. Suivi en 2011, ouvrant la collection Magasin du Club Verne, d'un deuxième tome complétant le dictionnaire général sur nombre de sujets forts intéressants dans l'œuvre vernienne qui méritaient d'être traités dans le détail. C'est ainsi que vous y apprendrez le nom des 416 navires, 98 écrivains célèbres, 44 com­po­siteurs et interprètes qui ne le sont pas moins, 212 journaux et revues réels ou imaginaires énumérés dans l'œuvre, et tant, tant d'autres choses, dont ce qu'est le gura crepitans.
Quoi de mieux comme exemple que d'en fournir un extrait ?
Nous le devons à l'amabilité d'Alain Fuzzelier d'Encrage Édition.
Michel MOUTET
[20-07-2014]

ARTICLE PIRATES

Jules Verne. Collection Maison d'Ailleurs / Agence Martienne Dans les récits d'aventures maritimes du XIXe siè­cle, le brigand des mers est souvent un per­son­nage indispensable au déroulement de l'ac­tion. Jules Verne ne manque pas, en con­sé­quen­ce, de l'introduire à plusieurs reprises dans ses romans.
Le plus proche du flibustier traditionnel (nous sommes en 1827) est Nicolas Starkos*, chef obéi et redouté dans toute la mer Egée dont il connaît parfaitement les îles et les échancrures des cô­tes. A l'audace, il sait joindre la ruse : il navigue parfois comme un paisible marchand à bord d'un banal bâti­ment de commerce, mais utilise pour ses coupables activités un brick rapide et bien armé. Et là, il devient Sacratif*, la terreur de l'Ar­chi­pel. Non content de massacrer les équipages qui lui résistent, il pousse la rapacité jusqu'à vendre les survivants comme esclaves aux Turcs pourtant en guerre avec son propre pays. Le courage et la ténacité du lieutenant d'Albaret* et l'esprit de décision de Xaris* mettront un terme à sa détestable carrière (L'Archipel en feu). 
 
Dans Face au drapeau, on fait la connaissance de Ker Karraje*, un forban des temps modernes. Certes, il a débuté dans le « métier » d'une manière clas­sique, mais a vite compris ce que pouvaient lui apporter les nouvelles tech­niques. Pour écumer l'Atlantique, il dispose d'une goélette destinée à donner le change, et du tug*, un petit sous-marin à double usage : il remorque discrè­tement le voilier par temps calme, mais aussi éperonne et aborde nuitamment les navires de commerce. Désirant conférer à son repaire de Back-Cup* une suprématie totale sur les bâtiments de guerre, il s'assure l'usage exclusif de l'arme absolue, le Fulgurateur Roch*. Cette invention terrifiante se retournera finalement contre lui et le détruira.

Kongre* et sa bande ont exercé leurs « talents » dans les parages des Salomon et des Nouvelles-Hébrides. Pourchassés, ils se rabattent sur l'archipel magellanique ou ils perdent leur navire. Reconvertis un temps en naufrageurs sur l'Ile des Etats*, ils finissent par récupérer une goélette abandonnée qui doit pouvoir leur permettre de gagner le large. Les pirates commettront une grave erreur en s'attaquant aux gardiens du phare car Vasquez*, seul survivant du massacre, mettra toute son énergie en jeu avec l'aide du naufragé Davis* pour contribuer à l'extermination de ces misérables (Le Phare du bout du monde).

Le Malais Sarol* ne manque pas d'ambition, son but étant de s'emparer de Standard-Island*, l'île flottante des milliardaires américains ; or il ne dis­pose que d'un modeste ketch et d'un équipage réduit. La ruse va suppléer à cette faiblesse : il coule son embarcation et se fait recueillir avec ses hommes comme de malchanceux naufragés. Une fois à bord, il prend tout son temps pour évaluer les défenses de l'île, puis le moment propice arrivé, la fait envahir par une horde d'indigènes néo-hébridiens. L'incursion tournera mal pour les attaquants qui se heurteront à une résistance acharnée et se replieront – et Sarol lui-même sera tué en menant l'assaut (L'Ile à hélice).

A bord du Speedy, Bob Harvey et ses acolytes courent le Pacifique et se montrent aussi impi­toyables que leurs homologues malais. Constatant que l'île Lincoln* est habitée, ils l'investissent avec l'intention évidente de faire un mauvais parti à Cyrus Smith* et ses compagnons. Ceux-ci, sur le point de succomber, assistent stupéfaits à l'explosion du navire hostile, puis à l'anéan­tissement total de ses occupants à terre. Ce n'est que plus tard qu'ils appren­dront que cette in­ter­vention providentielle était due à leur protecteur occulte, le capitaine Nemo* (L'Ile Mysté­rieuse).

Capitaine au long cours reconverti ensuite dans la piraterie, Harry Markel* se fait capturer, puis s'évade avec ses complices. Pour reprendre sa coupable activité, il lui faut maintenant un na­vi­re ; il jette son dévolu sur l'Alert* prêt à appareiller pour les Antilles avec à son bord les col­lé­giens* d'Antillian School. L'équipage une fois éliminé, Markel prend l'identité du capitaine et appareille avec ses passagers. Par bonheur, sa cupidité le pousse à épargner les jeunes gens durant toute la traversée. Au terme d'un long suspense, ce criminel endurci trouvera la fin qu'il méritait en périssant, non pas pendu, mais brûlé dans l'incendie du bateau (Bourses de voyages).

L'astuce des Asiatiques ne connaît pas de bornes ! Ainsi, dans Les Tribulations d'un Chinois en Chine, on apprécie la méthode originale employée par les ban­dits de Lao-Shen* pour s'emparer de la jonque Sam-Yep. Il leur suffit de prendre place dans les cercueils que transporte ce bâtiment après avoir évidemment jeté par-dessus bord les dépouilles de leurs défunts com­pa­triotes. En pleine mer, ce sera au tour du capitaine et de l'équipage d'emprunter le même chemin !

Dans Mathias Sandorf, Jules Verne présente la confrérie des Senoûsistes comme une asso­cia­tion puissante et parfaitement organisée. Très intéressés par l'île d'Antékirtta*, riche et stra­tégiquement bien placée, ils projettent de s'en emparer. Pour ce faire, ils vont réunir une flotte de deux cents navires de tous tonnages, transportant deux mille hommes. Ils se heurteront à des forti­fications défendues âprement, mais surtout à la puissance de feu des navires du doc­teur Antékirtt* qui finiront par les mettre en déroute.

© Amiens, AARP & Encrage Édition, 2011


* Les astérisques renvoient à des noms ayant fait l'objet de rubriques dans le premier volume du Dic­tion­naire des voyages extraordinaires. 

Le Dictionnaire des "Voyages extrordinaires", Tome II
Bibliothèque du Rocambole / Magasin du Club Verne - 1
AARP – Centre Rocambole / Encrage Édition
352 pages au format 15 x 22.
Présentation de la collection par Daniel Compère.
27 €

Image : portrait de Jules Verne par S. Le Nain, in Célébrités contemporaines : Jules Verne par Jules Clarétie, Quantin, 1883. Collection Maison d'Ailleurs, Yverdon-les-Bains, Suisse / Agence Martienne.