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Antipapes et sédévacantistes – par Jean-François Mayer

"Quand le pape n’est plus à Rome"

Bel article – comme le plus souvent – de Jean-François Mayer. Le début en est consacré au pape Michel, élu en 1990 par un conclave de cinq personnes (dont ses parents) et qui réside avec sa mère dans un paisible village du Kansas devenu ainsi un improbable Vatican en exil. De ce long texte passionnant, nous extrayons un passage qui nous mène de Provence en Suisse !

Et si les papes d’Avignon existaient toujours ?…

Les antipapes du Moyen-Âge n'ont pas eu de postérité, même si une séduisante légende s'est forgée autour de la figure de Pedro de Luna (1329-1423), originaire d'Aragon, qui devint pape en Avignon en 1394 et prit le nom de Benoît XIII. Après de multiples péripéties, l'Occident se retrouva en 1409 avec trois papes. La crise fut finalement surmontée, mais Benoìt XIII, retiré en Aragon, refusa le compromis qui avait mis fin au grand schisme. Il désigna quatre cardinaux : trois d'entre eux choisirent à sa mort un nouveau pape, Clément VIII, qui abdiqua en 1429 en reconnaissant le pape de Rome, Martin V.

Pedro de Luna

Mais l'un des cardinaux de Pedro de Luna s'obstina dans sa résistance : il se nommait Jean Carrier et, arrivé par la suite, contesta pour simonie l'élection de Clément VIII. Il aurait alors élu seul un pape en 1425 en la personne d'un prêtre, Bernard Garnier, même si ce dernier contesta avoir été appelé à cette fonction. Jean Carrier mourut en prison, quasiment abandonné, en 1433. Il y eut cependant des paysans du Rouergue qui restèrent fidèles à l'héritage de Pedro de Luna et finirent par mener une existence de proscrits dans les gorges du Viaur, mais les derniers moururent ou furent condamnés en 1467. (Leur histoire a été racontée dans un article ancien par Noël Valois, "La prolongation du Grand Schisme d'Occident au XVe siècle dans le Midi de la France",  Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, t. 36, 1899, pp 162-195 ; voir également : Nicole Lemaître, Le Rouergue flamboyant : le clergé et les fidèles du diocèse de Rodez, 1417-1563, Paris, éd. du Cerf, 1988, pp 87-99)

Pierre Geyraud

Fascinés par le destin de ces ultimes fidèles, certains auteurs contemporains ont cependant laissé entendre que l'Église avignonnaise aurait clandestinement survécu jusqu'à aujourd'hui. On doit notamment la diffusion de cette thèse à Pierre Geyraud, qui a consacré à "Une survivance secrète du Grand Schisme d'Occident" un chapitre de son livre L'Occultisme à Paris (Paris, Éditions Émile-Paul-Frères, 1953, pp 161-177). Selon Geyraud, l'Église catholique apostolique avignonnaise durerait « à travers les siècles par la personne d'un successeur légitime » : celui-ci porterait le titre d'« Évêque d'Avignon, Vicaire de Jésus-Christ, successeur du Prince des Apôtres, Pontife Suprême de l'Église universelle, Patriarche d'Occident, Primat de France, Archevêque et Métropolitain de la Province Avignonnaise, humblement régnant ». Le Saint-Siège avignonnais serait secrètement installé dans un monastère en Suisse. Geyraud lui attribuait douze cardinaux, une vingtaine de préfets apostoliques, des évêques et quelque 10 000 fidèles tenus au secret. Certains éminents prélats de l'Église catholique romaine y appartiendraient. L'Église avignonnaise, toujours selon Geyraud, aurait décidé de « conférer à l'Église romaine la légitimité pontificale qui lui manque, afin de légitimer son action » : « À chaque élection d'un nouveau pape romain, notification écrite lui est donnée par le pape avignonnais qu'il devient son mandataire. ». Il est à peine besoin de préciser que le Vatican dément avoir jamais reçu de telles notifications…

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© Jean-François Mayer, 2013 - http://orbis.info/ et autres sites
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