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Le défi du mouvement perpétuel – par Michel Granger

A l’heure où l’énergie devient cruciale pour l’humanité, notamment pour ses déplacements –, trans­ports – l’idée de mouvement perpétuel revient à la mode.
Alors utopie ou panacée ?

Alors qu’on parle de « la fin des frottements », notamment dans nos moteurs à explosion d’auto­mo­biles, peut-on voir là levé un des premiers obstacles à la notion de mouvement perpétuel ?

Oui : aucun mécanicien ne me contredira sur ça même s’il considère les autres barrières comme infranchissables : deuxième loi de la thermodynamique (augmentation de l’entropie obligatoire) et con­servation de l’énergie.

Il n’empêche qu’en s’affranchissant des frottements, on pourrait ainsi (en réalisant un "supraglis­se­ment" des pistons) économiser un quart de l’énergie potentielle contenue dans le carburant, ce qui serait très appréciable en ces temps où le prix du baril de pétrole brut bat tous les records et où on cherche à l’économiser par tous les moyens !

Il paraît que les pertes dues aux frottements en France constituent 3 % du PIB (Science & Vie de mai 2007) !
Est-ce pour autant une avancée en direction d’un des plus vieux rêves de l’humanité : à savoir créer un mouvement capable de durer infiniment sans apport quelconque extérieur d’énergie ou de matière, ni transformation irréversible du système : un moteur qui ne consomme rien, qui tourne et ne s’use pas, par exemple ; ou bien qui s’autoalimente en produisant plus d’énergie qu’il n’en consomme (on parle de système « surunitaire ») et ainsi pourrait constituer une source gratuite de travail – donc d’énergie !

Hélas, la quête du mouvement perpétuel n’a pas été à l’ordre du jour du Grenelle de l’environnement car il est considéré comme une utopie.

Et pourtant l’idée d’un machin qui marche tout seul n’a cessé de hanter l’esprit humain depuis la nuit des temps au point qu’on a pu parler d’une véritable « obsession ».

C’est dans un manuscrit en sanscrit (5ème siècle avant J.-C) qu’on trouve allusion à une roue trouée sensée tourner toute seule et le premier brevet sur ce principe date de 1617.

En 1755, l’Académie des Sciences de Paris condamna solennellement le mouvement perpétuel mais on ne comptait pas moins de 600 brevets sur la question en 1900.

Des savants aussi connus que Léonard de Vinci, Tesla, Huyghens, Boyle, Bernouilli, Maxwell (son démon ne fut réfuté qu’en 1951) s’engagèrent dans cette voie sans issue selon la mécanique classique (tous traités de « cranks » = savants fous). Pour endiguer l’afflux des prétendants, le bureau américain des inventions dut même introduire une condition pour rendre en ce domaine une demande de brevets seulement recevable : la réalisation préalable d’un prototype.

C’est ainsi qu’on vit fleurir une série de machines du style "moteur à eau" qui constituent une sorte de ménagerie mécanique digne d’une exposition de cryptozoologie (science des animaux censés ne pas exister).

Malgré ces empêchements et les impossibilités de la mécanique et de la thermomécanique (inversion de l’entropie, impossibilité de créer de l’énergie, etc.), certains chercheurs acharnés s’obstinent à chercher dans cette direction du mouvement perpétuel.

Toutes les forces connues de la nature ayant été exploitées pour tenter d’y donner accès (pesanteur – j’aime beaucoup les ingénieux systèmes fondés sur l’écoulement de l’eau – capillarité (nous avons tous rangé dans sa boîte un canard à bascule qui plonge son bec dans un verre et qui vite a cessé d’intéresser les enfants !), électromagnétisme, radioactivité, chaleur) ont donné lieu à des inventions de « machines » toutes contestées par la science officielle : moteur de Bessler, de Keely, de Redheffer, etc. ; le seul reconnu d’utilité publique fut celui des Shadoks !

Roue à eau 
Roue à eau condamnée à s’arrêter à cause de ses propres frictions.

On a même imaginé plusieurs types d’énergies hypothétiques et contestées pour justifier l’impossible : Ether, énergie libre...

Contre vents et marées, le mouvement perpétuel a toujours ses adeptes et certaines revues telles que Nexus ou Top Secret leur consentent encore aujourd’hui une tribune libre où ils présentent leurs inventions.

C’est ainsi qu'un numéro de la revue Top Secret présente le « générateur surunitaire » d’un Aus­tra­lien qui serait selon lui « un cadeau pour la planète » !

Et un autre inventeur, horloger de métier, s’insurge du fait qu’il soit interdit de dépôt de brevets par l’Institut National de la Propriété Industrielle sous le prétexte que ce qu’il veut protéger est « non-con­forme à la physique classique » ; « comme si cette physique seule avait droit de cité », réplique-t-il.

Une belle leçon pour ceux qui prétendent nous empêcher de rêver !

Michel GRANGER

Publié in Dimanche Saône & Loire, 2 décembre 2007.
Dernière mise à jour : 21 septembre 2009.

Ord-Hume

Pour en savoir plus :
Ord-Hume, Arthur W.J.G.
Perpetual Motion, The History of an Obsession
George Allen & Unwin Ltd, Londres, 1977