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Le petit bonhomme de Renève – par Michel Granger

« Un homme de 17 cm de haut… 30 ans après, le curé de Pagny révèle sa rencontre insolite », titrait le journal Les Dépêches du 5 mars 1976. « Le petit homme de Renève. Quarante ans après, le mystère s’éclaircit », annonçait le Bien Public du 8 novembre 1985.
Que peut-on en dire aujourd’hui, 55 ans après les faits ? « Au lecteur de juger en toute impartialité », conclut l’enquêteur de l’ADRUP, Patrice Vachon dans le Bulletin Ufologique du CNEGU (Comité Nord-Est des Groupes Ufologiques) de juin 1998.

L’affaire remonte, en effet, au printemps 1945 ; elle consiste essentiellement en un témoignage digne de foi : celui d’un ecclésiastique, le curé de Renève, petit village de Côte-d’Or, qui, après trois décennies de silence, s’est résolu à ébruiter son histoire jugée jusqu’alors par lui « terriblement invraisemblable ». Mais les rapports d’ovnis et de leurs occupants n’hésitant pas à se dégourdir les jambes sur le sol terrestre le poussent à parler en 1975.

Le récit tardif du témoin

« Par un bel après-midi d’avril 1945, j’étais parti à la cueillette de champignons de l’espèce "boule de neige" », confie l’abbé X à H. J. Besset, enquêteur du GEPA (Groupement d’Étude des Phénomènes Aériens).
« Après avoir inspecté un fourré en m’allongeant à même le sol, je me mets à genoux pour me relever et j’aperçois un petit bonhomme de 15 à 17 cm de haut se dirigeant en hâte de mon côté. Il me paraît essoufflé et apeuré et passe à 30 cm (une autre fois il dira 2 mètres) de moi en me toisant intensément. »
Sur le coup, l’idée traverse la tête du curé d’intercepter le lutin. Mais une sorte de « pique » (tige), qu’il porte à l’épaule comme un fusil, l’en dissuade (bizarre cette peur d’une créature si petite !). Il la laisse s’échapper et en demeurera « très perplexe »... pendant 30 ans.
La couverture du n° 45 de Phénomènes Spatiaux

L’enquête du GEPA

Durant un laps qu’il estime à 10 à 15 secondes vers 6 heures du soir, l’abbé X, accroupi dans les brous­sail­les à la recherche de champignons, a donc vu s’a­van­cer depuis sa gauche, « un homme en réduction » bar­bu, corpulent, « un petit être qui n’avait pas évolué » ou qu’il croyait être « à l’origine de l’espèce humaine (sic) ». Il portait une combinaison couleur marron-rouil­le sans bouton ni ceinture, « comme un pyjama de bé­bé ». On aurait dit un vieillard pressé ! Il a traversé le chemin et disparu dans un fourré. Oui, il touchait le sol, parfaitement.

Au terme de l’entretien réalisé à Paris au siège du GEPA entre le témoin et divers membres du bureau dont son Président René Fouéré, ce dernier rédigeait une conclusion dite « très provisoire » et dans l’air du temps. Bien qu’aucun engin proche (soucoupe volan­te) n’ait été signalé, cet humanoïde modèle réduit, dont des "frères" ont été signalés aux USA, en Ma­lai­sie, en Suède, « n’est ni une apparition, ni une hal­lu­ci­na­tion mais un de ces êtres, dotés d’une intelligence propre égalant et surpassant la nôtre ». En d’autres termes, le bonhomme de Renève, selon le GEPA, et malgré quelques réticences quant à la taille de son cerveau (« quelques centimètres » !), était un extra­ter­res­tre en transit sur la Terre, entre deux fourrés du territoire du fils de Frédégonde en l’occurrence.

L’enquête de l’ADRUP

En octobre 1983, l’ADRUP (Association Dijonnaise de Recherches Ufologiques et Parapsycho­lo­gi­ques) décide d’effectuer une contre-enquête sur le cas de Renève. Par chance, l’abbé X est encore vivant et curé de Pagny-la-Ville. Lors d’une interview auquel il se soumet bien volontiers, il réitère ses dires et, ne faisant aucune allusion à l’hypothèse extraterrestre, reste très affirmatif sur l’origine humaine de son observation. Une de ses phrases retient l’attention : « C’est un être humain, je ne l’aurais pas montré dans les foires ». Du coup, l’ADRUP va axer sa recherche sur la possibilité d’un petit singe échappé d’un cirque. Mais celle-ci ne donne rien. Une démarche sur les lieux de l’incident s’impose.
Le propriétaire du champ à champignons est interrogé ; mais, à l’époque, il était prisonnier de guer­re… Et là le cours de l’enquête bascule encore une fois.

La mascotte du régiment

L’observation de l’abbé X coïncide-t-elle avec la présence de militaires français d’Afrique, en 1945, dont le régiment était cantonné au moulin de la Roye et au "Petit Renève" ? Qui dit régiment africain dit Afrique, lion, girafe et… singe. Est-ce un petit singe, devenu mascotte du régiment, qu’a vu le brave curé ?

La trace d’un tel régiment dans la région à cette époque est recherchée dans les journaux. Rien. Un courrier est adressé au service historique de l’armée de terre à Vincennes. Négatif. Même chose au bureau central d’archives militaires basé à Pau. Les mois s’écoulent. L’enquête piétine. Et puis, le coup de pouce du destin : un enquêteur de l’ADRUP apprend qu’une fille du pays aurait épousé un soldat de ce supposé régiment ! On remonte au couple en question qui vit aujourd’hui dans le Var. M. Z. est un ancien soldat de l’armée de l’air CTA 154. Il a stationné à Renève , au moulin de la Roye, de fin 1944 à début 1945. Le CTA avait bien une mascotte : un petit singe, du genre ouistiti, amené par un soldat de l’A.E.F.*.

M. Z., au cours d’une de ses venues dans la région, décrira à l’ADRUP « un animal à poil ras, noir, au visage plus clair et aux traits fins portant une tenue de velours bordeaux et un bonnet noir, avec une longue queue libre »..., qui pouvait se dresser.

Conclusion… toujours provisoire ?

L’abbé X a-t-il été l’objet d’une erreur visuelle avec un singe en rencontrant son petit bonhomme ? Beaucoup de détails décrits par le témoin correspondent à cette hypothèse. Par contre l’intéressé n’est ni de cet avis – « Votre théorie est ridicule et tient du pur imaginaire. », écrira-t-il –, ni pour aller plus loin – « Laissez dormir en paix votre petit singe et que vive paisiblement le petit humanoïde de Renève. ».
Laissons vivre en nous l’imaginaire. Certes. Mais un témoin sincère peut reconnaître qu’il s’est trom­pé, n’est-ce pas, même si c’est plus difficile pour le ministre d’un culte religieux.

Un ouistiti idoine

* Cette photo de ouistiti avait été choisie par Hilary Evans (1929-2011) pour publier la version Internet d’un de ses textes intitulé "The Case of the Little Man of Renève", paru dans la revue Magonia du 22 mai 1986. Hilary avec qui j’ai communiqué de nombreuses années avait pris grand plaisir à conter cette histoire à ses collègues socio-psychologues et sceptiques de Magonia qui, ayant cessé de paraître en avril 2009, se perpétue sur le site pelicanist.blogspot.fr. C’est surtout la conclusion finale de l’abbé X qui l’avait amusé et il n’avait pas hésité à la qualifier de « morale de l’his­toire » .
Hilary était tantôt dénoncé comme crédule, tantôt comme sceptique au point de passer pour fondateur de la thèse sociopsychologique. Heureusement, son formidable humour lui permit jusqu’à la fin de ses jours de prendre à la légère toutes ces sérieuses con­si­dérations.

Ce texte a été publié dans Dimanche Saône & Loire du 25 avril 1999 avec comme auteurs
Patrice Vachon (membre de l’ADRUP) et Michel Granger.
Dernière révision : 16 mars 2018.